Arrêter de fumer aggrave-t-il les troubles psy ? Ce que dit la science

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Les personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères fument deux à trois fois plus que la population générale. Elles meurent aussi 10 à 20 ans plus tôt, souvent de maladies respiratoires ou cardiovasculaires directement liées au tabac. Pourtant, on leur propose rarement d'arrêter. L'essai clinique KISMET, publié en mai 2026 dans Psychological Medicine, prouve que cette prudence excessive n'a aucun fondement scientifique.

Le mythe tenace du sevrage déstabilisant

Pendant des décennies, une croyance a circulé dans les services de psychiatrie : la cigarette "calmerait" les patients, et leur retirer cette béquille provoquerait une décompensation. Cette vision a conduit à une forme de discrimination médicale. Alors que 75 % des fumeurs de la population générale reçoivent des conseils pour arrêter lors d'une consultation, cette proportion chute drastiquement chez les patients psychiatriques.

Les chiffres sont pourtant alarmants. Selon une méta-analyse du Lancet Psychiatry portant sur près de 5 millions de personnes atteintes de troubles mentaux sévères, le risque de décès par maladie respiratoire est 2,6 fois plus élevé chez les patients schizophrènes que dans la population générale. Pour les troubles bipolaires, ce risque est multiplié par deux. La cigarette n'est pas un anxiolytique : c'est un facteur de mortalité prématurée.

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C'est le surrisque de décès par maladie respiratoire chez les patients schizophrènes fumeurs par rapport à la population générale.

L'essai KISMET : un an de suivi, zéro décompensation

L'étude KISMET (Kick Smoking in Mental Healthcare Together) a été menée dans 21 équipes de soins ambulatoires aux Pays-Bas entre 2022 et 2024. Elle a inclus 133 patients atteints de troubles psychiatriques sévères : schizophrénie, trouble bipolaire, dépression récurrente sévère ou trouble de stress post-traumatique. Tous fumaient quotidiennement.

Le groupe intervention a bénéficié d'un programme complet sur 12 mois : thérapie cognitive et comportementale, soutien par les pairs (d'anciens patients devenus accompagnants), et possibilité de recevoir des substituts nicotiniques ou de la varénicline. Le groupe témoin a reçu les soins habituels, sans accompagnement spécifique au sevrage.

Les résultats publiés par l'équipe de Müge Küçükaksu montrent un taux d'arrêt significativement plus élevé dans le groupe intervention : 4,2 fois plus de chances d'être abstinent à 12 mois. À 3 mois, ce ratio atteignait même 12,1. Mais le point central de l'étude concerne la sécurité psychiatrique.

Aucune aggravation des symptômes psychiatriques
Les scores de dépression, d'anxiété et de symptômes psychotiques sont restés stables tout au long du programme. Les chercheurs n'ont observé aucune différence significative entre les deux groupes sur ces paramètres. Le sevrage tabagique n'a pas déclenché de rechute psychiatrique.

Une méta-analyse confirme : les traitements sont sûrs

Ces résultats concordent avec une vaste méta-analyse publiée en février 2026 dans BMJ Medicine. En analysant 74 essais cliniques randomisés impliquant plus de 11 000 patients atteints de troubles mentaux sévères, les chercheurs belges ont évalué l'efficacité et la sécurité des différentes aides au sevrage.

La varénicline (Champix) permet à 10 patients supplémentaires sur 100 d'atteindre l'abstinence à long terme par rapport au placebo, avec un niveau de preuve élevé. Le bupropion (Zyban) en aide 5 de plus sur 100. Quant aux substituts nicotiniques, ils améliorent l'abstinence à court terme mais leur effet s'estompe dans la durée.

Sur le plan de la sécurité, l'analyse ne montre pas de différence significative dans les taux d'abandon pour effets indésirables entre les traitements actifs et le placebo. La varénicline, longtemps suspectée de favoriser les idées suicidaires, n'a pas montré de surrisque dans cette population pourtant vulnérable.

Point de vue de Christelle Lira
En consultation, je rencontre régulièrement des personnes qui traversent des périodes d'anxiété ou de dépression et qui hésitent à arrêter de fumer par crainte d'aggraver leur état. Ces études apportent un message rassurant : le sevrage tabagique, correctement accompagné, n'aggrave pas les symptômes psychologiques. Au contraire, beaucoup de mes clients me rapportent une amélioration de leur humeur quelques semaines après l'arrêt, une fois le cap du manque passé. L'auriculothérapie laser peut justement aider à traverser cette période de transition en réduisant les envies compulsives.

Pourquoi le sevrage peut améliorer la santé mentale

Le paradoxe n'en est pas vraiment un. La nicotine crée une dépendance qui génère des cycles répétés de manque et de soulagement. Chaque cigarette ne fait que ramener le fumeur à un état "normal", celui d'avant le manque. Ce mécanisme, expliqué en détail dans notre article sur la nicotine et le cerveau, entretient une instabilité émotionnelle permanente.

Plusieurs études ont montré que l'arrêt du tabac s'accompagne d'une amélioration des symptômes anxieux et dépressifs après quelques semaines, y compris chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques préexistants. Le cerveau retrouve progressivement un équilibre dopaminergique, libéré du cycle artificiel imposé par la nicotine.

Lever les obstacles au sevrage

L'étude qualitative associée à KISMET révèle les principaux freins rapportés par les patients : faible estime de soi, manque de confiance dans leur capacité à arrêter, et utilisation de la cigarette pour gérer le stress ou les effets secondaires des médicaments. Ces obstacles ne sont pas insurmontables, mais ils nécessitent un accompagnement adapté.

Les participants ont particulièrement apprécié les exercices de thérapie cognitive et comportementale, ainsi que le soutien par les pairs. Les stratégies personnalisées de prévention des rechutes, élaborées en groupe, ont été jugées très utiles pour préparer la tentative d'arrêt.

Le taux d'abandon dans le groupe intervention (58 %) reste élevé, ce qui souligne la difficulté du sevrage dans cette population. Mais ce chiffre doit être mis en perspective : même parmi ceux qui n'ont pas terminé le programme, certains ont réduit leur consommation ou posé les bases d'une future tentative réussie.

Vous souhaitez arrêter de fumer mais craignez l'impact sur votre équilibre psychologique ? L'auriculothérapie laser offre une approche douce, sans médicament, qui peut être combinée à votre suivi habituel. Nos praticiennes vous accueillent pour un bilan personnalisé.

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Questions fréquentes

Les substituts nicotiniques sont-ils compatibles avec les médicaments psychiatriques ?

Dans la grande majorité des cas, oui. Les patchs, gommes et pastilles de nicotine n'interagissent pas avec les antidépresseurs ni avec les antipsychotiques. En revanche, l'arrêt du tabac peut modifier le métabolisme de certains médicaments comme la clozapine ou l'olanzapine, ce qui peut nécessiter un ajustement des doses par le psychiatre. Cette surveillance fait partie de l'accompagnement standard.

La varénicline est-elle dangereuse pour les personnes dépressives ?

Les alertes passées concernant la varénicline et le risque suicidaire n'ont pas été confirmées par les études récentes. La méta-analyse de 2026 portant sur 11 000 patients psychiatriques n'a pas mis en évidence de surrisque d'effets indésirables graves par rapport au placebo. Le médicament peut être prescrit sous surveillance médicale appropriée.

Faut-il stabiliser les symptômes psychiatriques avant d'arrêter de fumer ?

Pas nécessairement. L'étude KISMET a inclus des patients en suivi ambulatoire actif, donc pas forcément en phase de rémission complète. Les résultats montrent que le sevrage peut être entrepris pendant le parcours de soins psychiatriques, à condition d'être accompagné. Attendre une stabilisation parfaite reviendrait souvent à ne jamais proposer le sevrage.

L'auriculothérapie est-elle adaptée aux personnes souffrant de troubles anxieux ?

L'auriculothérapie laser est particulièrement bien tolérée par les personnes anxieuses car elle est indolore et non invasive. La séance dure environ 30 minutes et procure souvent un effet relaxant immédiat. Elle peut compléter un suivi psychologique ou psychiatrique existant sans interférer avec les traitements en cours.

Sources

Küçükaksu M. et al. Effectiveness of a one-year smoking cessation intervention for people with severe mental illness: results of the KISMET cluster-randomized controlled trial. Psychological Medicine. Mai 2026. DOI : 10.1017/S0033291726104516

Bekkering GE. et al. Smoking cessation for people with severe mental illness: systematic review and network meta-analysis. BMJ Medicine. Février 2026. DOI : 10.1136/bmjmed-2025-002190

Laguna-Muñoz D. et al. Mortality from respiratory diseases in individuals with severe mental illness. Lancet Psychiatry. Octobre 2025. DOI : 10.1016/S2215-0366(25)00262-7

Organisation mondiale de la santé. Tobacco fact sheet. 2024.

Christelle Lira, thérapeute spécialisée en auriculothérapie laser et sevrage tabagique, exerce à La Teste-de-Buch et Bordeaux-Caudéran.