Tabac et apnée du sommeil : un duo toxique pour la santé respiratoire

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Le tabagisme est un facteur de risque bien connu pour de nombreuses affections respiratoires, bien que son rôle dans l'aggravation de l'apnée du sommeil soit souvent sous-estimé. Pourtant, cette relation complexe a des conséquences importantes sur la qualité de vie et la santé globale. Voici quelques éléments clés pour mieux comprendre cette interaction et les enjeux qui en découlent.

Mieux comprendre l’apnée du sommeil

Le syndrome des apnées obstructives du sommeil (SAOS), également connu sous le nom de syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), est un trouble du sommeil qui se manifeste par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil. Ces interruptions peuvent être des apnées (pauses respiratoires) ou des hypopnées (diminution du débit respiratoire).

Ces interruptions répétées de la respiration, bien que généralement de courte durée, entraînent une réduction du taux d’oxygène dans le sang (saturation) étant donné que le cœur est contraint de travailler de manière excessive pour compenser ce manque d'oxygène. En France, une personne est considérée comme atteinte de ce syndrome dès lors qu’elle présente plus de dix arrêts respiratoires par heure de sommeil. (1)

Le SAOS se décline en plusieurs niveaux de sévérité, qui sont déterminés par le nombre d’apnées ou d’hypopnées survenant par heure de sommeil. Ainsi, on distingue trois formes principales : légère, modérée ou sévère. Une forme légère est caractérisée par moins de 15 apnées ou hypopnées par heure, tandis que la forme modérée se situe entre 15 et 30 événements par heure. Lorsque le nombre d’interruptions respiratoires dépasse les 30 par heure, on parle de SAOS sévère. (1)

Manifestations cliniques du syndrome des apnées du sommeil

Les symptômes du SAOS sont variés et peuvent impacter plusieurs aspects de la santé physique et mentale. Parmi les manifestations les plus courantes, on retrouve :

  • Une somnolence excessive durant la journée.
  • Des difficultés à rester endormi. Les difficultés respiratoires provoquent des micro réveils de quelques secondes dont le dormeur n’a pas forcément conscience.
  • Des ronflements bruyants.
  • Des maux de tête matinaux.
  • Des sueurs nocturnes ainsi que des sursauts pendant le sommeil.
  • Un essoufflement pendant le sommeil.
  • Une sécheresse buccale au réveil.
  • De l’irritabilité, de l’agressivité voire des troubles dépressifs.
  • Une diminution de la mémoire et de la concentration. 
  • Une diminution du désir sexuel pouvant conduire à de l’impuissance.

 

Facteurs de risque de l'apnée du sommeil


Facteurs démographiques
et génétiques

Tout d’abord, le sexe masculin est un facteur de risque important. En effet, les hommes sont deux à trois fois plus susceptibles de développer un SAOS que les femmes. (1). De plus, avec l'âge, le risque de développer l'apnée du sommeil augmente significativement. Jusqu'à 30 % des personnes de plus de 65 ans seraient touchées par cette pathologie. Le vieillissement entraîne une perte de tonus des muscles respiratoires, ce qui favorise leur relâchement et les obstructions des voies aériennes supérieures. (1) (6)

Les antécédents familiaux constituent un autre facteur de risque non négligeable. Avoir des membres de la famille souffrant de SAHOS augmente la probabilité de développer soi-même ce syndrome, ce qui suggère une composante génétique dans la survenue de ce trouble.

 

Facteurs liés au mode de vie

Outre les facteurs démographiques, le surpoids est un facteur de risque majeur, en particulier en raison de l'accumulation de graisse au niveau du cou et de la gorge. Cette accumulation réduit l’espace disponible pour la respiration et peut provoquer des obstructions pendant le sommeil.

Par ailleurs, la consommation d'alcool, de sédatifs ou d’anxiolytiques avant le coucher est particulièrement problématique étant donné que ces substances détendent excessivement les muscles de la gorge, aggravant ainsi l'apnée obstructive du sommeil. Elles perturbent aussi la coordination normale des muscles respiratoires pendant le cycle inspiration/expiration, ce qui majore le risque d'obstruction des voies respiratoires. (6)(1)

Enfin, la position de sommeil joue également un rôle significatif. Dormir sur le dos favorise l’affaissement des tissus mous comme la langue vers l’arrière de la gorge, ce qui peut bloquer les voies respiratoires. Une flexion excessive du cou pendant le sommeil peut également contribuer à cette obstruction.

Facteurs anatomiques et respiratoires

Certaines caractéristiques anatomiques contribuent également au développement du SAOS. Les personnes présentant une mâchoire étroite, un palais trop creux ou trop plat, des fosses nasales étroites, ou encore un menton en retrait sont davantage à risque. Ces anomalies limitent l'espace dans les voies respiratoires, rendant plus difficile le passage de l’air et favorisant les apnées. (1)

Les maladies respiratoires comme l’asthme ou une obstruction nasale temporaire (causée par un rhume ou une rhinite allergique) peuvent aussi aggraver les symptômes de l’apnée du sommeil.

L’implication du tabagisme

Le tabagisme a été identifié comme un facteur de risque de l'apnée obstructive du sommeil. En effet, différentes études épidémiologiques ont démontré que les fumeurs sont trois fois plus susceptibles de développer cette pathologie que les non-fumeurs. (4) (6) Ce risque est particulièrement marqué chez les hommes et augmente avec la durée et l’intensité du tabagisme. (7)

Les études montrent également que les hommes ex-fumeurs continuent de présenter un risque accru de SAHOS par rapport aux non-fumeurs, bien que ce risque diminue à mesure que le temps écoulé depuis l'arrêt du tabac s’allonge. (7)

Conséquences à long terme de l’apnée du sommeil

L'apnée du sommeil est un trouble potentiellement grave ayant des effets significatifs sur la santé et la qualité de vie. (6) On  peut notamment citer :

  • La fatigue chronique : un sommeil non réparateur provoque une fatigue persistante, une somnolence la journée et une baisse de vigilance, augmentant le risque d'accidents de la route et d’accidents de travail. (6) Cette fatigue chronique a également des répercussions sur divers aspects de la vie quotidienne, tels que des troubles sociaux et professionnels, ainsi qu'une irritabilité accrue.
  • Les maladies cardiovasculaires : le SAOS augmente le risque d'hypertension artérielle, de maladies cardiaques (crises cardiaques, AVC) et d'athérosclérose. (1)(3)(6)
  • Le diabète : l'apnée du sommeil favorise la résistance à l'insuline, augmentant le risque de diabète de type 2 et de syndrome métabolique. (1)
  • Les complications chirurgicales : les personnes souffrant du syndrome des apnées du sommeil sont plus susceptibles de souffrir de complications respiratoires après une intervention chirurgicale sous anesthésie. (6)
  • Les problèmes hépatiques comme la stéatose hépatique non alcoolique. (6)

Pourquoi le tabac aggrave-t-il le SAOS ?

Car il cause une réduction de la saturation en oxygène

Chez les fumeurs et les anciens fumeurs, on observe une diminution de la saturation en oxygène par rapport aux non-fumeurs. Ce phénomène peut être attribué à la détérioration de la fonction pulmonaire causée par la fumée de cigarette, qui réduit la capacité des poumons à absorber et distribuer l'oxygène efficacement. En conséquence, les épisodes d’apnée, qui sont déjà marqués par une baisse de la saturation en oxygène, deviennent plus fréquents et sévères chez les fumeurs, aggravant ainsi le SAOS. (2)

Car il induit une inflammation des voies respiratoires

Le tabagisme contribue aussi au développement du SAOS en raison de ses effets délétères sur la fonction respiratoire. Il provoque notamment des inflammations et des gonflements des voies respiratoires supérieures, ce qui peut entraîner une obstruction et des difficultés respiratoires pendant le sommeil. Ces altérations se manifestent souvent par des symptômes tels que le ronflement, une respiration saccadée et des interruptions fréquentes du sommeil. (7)

La fumée de cigarette endommage également les propriétés de la muqueuse des voies aériennes supérieures, augmentant ainsi leur sensibilité et leur collapsibilité pendant le sommeil. (4) Ces altérations des propriétés mécaniques et neuronales des voies aériennes rendent les tissus plus enclins à s'affaisser, bloquant ainsi le passage de l'air. Cet effet est particulièrement prononcé chez les fumeurs réguliers, mais il persiste aussi chez les anciens fumeurs, ce qui explique l'aggravation de l'apnée du sommeil dans ces populations. (4)

En plus de l'inflammation, le tabac favorise également une augmentation de la production de mucus dans les voies respiratoires. Ce mucus obstrue les voies nasales et pharyngées, compliquant encore la respiration nocturne et favorisant la survenue d'apnées obstructives. Ce phénomène contribue aussi à des symptômes tels que le ronflement et l'interruption du sommeil, caractéristiques du SAOS. (7)

Car il a des effets sur les marqueurs biologiques et cardiovasculaires

Le tabagisme a des conséquences importantes sur le plan biologique. En effet, cette pratique induit des niveaux plus élevés de certains marqueurs de l’inflammation telle que la protéine C-réactive, l’haptoglobine et la céruloplasmine. Cette inflammation accrue affecte particulièrement les voies respiratoires.

Par ailleurs, on observe chez les fumeurs des taux plus faibles de cholestérol HDL, connu pour ses effets protecteurs sur le système cardiovasculaire, ainsi que des taux élevés de triglycérides, qui augmentent le risque de maladies cardiovasculaires. Il existe donc un effet synergique entre le tabagisme et l'apnée du sommeil sur ces marqueurs biochimiques qui aggrave les conséquences du SAOS chez les fumeurs. (3)

Car il engendre de la rétention d'eau et des modifications structurelles des voies aériennes

Le tabagisme peut également augmenter la rétention d'eau dans les tissus des voies respiratoires supérieures, ce qui accroît leur volume et réduit l'espace pour le passage de l’air. (6)

De plus, le tabac semble provoquer des changements structurels au niveau des voies respiratoires, notamment par l'accumulation de graisse pharyngée liée à  la réduction de la tension musculaire, ce qui contribue à la sévérité des symptômes d'apnée obstructive. (6)(7)

Car il augmente le stress oxydatif

Le stress oxydatif induit par le tabagisme est un autre facteur aggravant. Le tabac génère une quantité importante de radicaux libres dans l'organisme, augmentant ainsi l’inflammation et provoquant des dommages au niveau cellulaire dans tout le corps. Ce stress oxydatif contribue non seulement à la détérioration des tissus respiratoires, mais aussi à des troubles du sommeil. En effet, il a été observé que les fumeurs ont un seuil d’éveil abaissé, ce qui les rend plus susceptibles de se réveiller fréquemment pendant la nuit en raison de légères perturbations respiratoires, amplifiant les effets de l’apnée obstructive du sommeil. (7)

Car la nicotine présente certains effets pendant le sommeil

Enfin, la nicotine joue un rôle paradoxal dans l’apnée du sommeil. Bien qu’elle ait un effet stimulant sur le système nerveux central, elle est également à l'origine d'un sevrage soudain pendant la nuit. Ce sevrage provoque une irritabilité et un stress physiologique, altérant encore davantage la qualité du sommeil et augmentant la gravité du SAHOS. La stimulation par la nicotine avant le coucher peut également perturber l’architecture du sommeil, retardant l’apparition du sommeil profond et augmentant la fragmentation du sommeil.

Le tabac a donc un double effet : il stimule la personne dans un premier temps, mais entraîne ensuite une chute de cette stimulation pendant la nuit, perturbant les mécanismes d’éveil et altérant la qualité du sommeil. Cela aggrave les troubles respiratoires nocturnes, en particulier chez les fumeurs réguliers. (7)

En somme, tabac et apnée du sommeil forment un duo particulièrement dangereux pour la santé respiratoire et cardiovasculaire. Le tabac ne se contente pas d'endommager les poumons et les voies respiratoires, mais exacerbe également la sévérité des troubles liés au SAOS en augmentant la fréquence et la gravité des apnées. Cette combinaison augmente considérablement les risques de maladies cardiovasculaires, d'hypertension, et d'autres pathologies chroniques. Ainsi, l'arrêt du tabac s'avère essentiel pour toute personne souffrant de SAOS ou à risque.  Grâce au sevrage, il est possible de réduire le risque de survenue  de ce trouble et d’en limiter les complications graves associées. N'hésitez pas à vous renseigner sur le méthode du centre laser stop tabac.


 

Références :