Il est particulièrement difficile d’arrêter de fumer. Parfois, un changement de comportement peut trouver sa motivation dans un évènement déclencheur ou une nécessité imposée. C’est par exemple le cas quand vous devez subir une intervention chirurgicale programmée. Si vous fumez, le médecin anesthésiste et le chirurgien vous conseilleront d'arrêter le plus tôt possible avant la date opératoire. Et il y a bien des raisons à cette recommandation. Le tabagisme augmente le risque de complications post-opératoires. À l’inverse, le sevrage tabagique en amont d’une opération possède de nombreux avantages. Suivez le guide !
Des études unanimes sur le lien entre tabac et risque opératoire
Dans un communiqué de presse de janvier 20201, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) indique, sans équivoque, que les fumeurs s’exposent à un risque nettement augmenté de complications après une intervention chirurgicale.
La bonne nouvelle, c’est que ces risques peuvent être atténués dès 4 semaines ou plus d’abstinence tabagique. En effet, au-delà de cette période d’arrêt du tabac, vous améliorez de 19 % par semaine votre état de santé, notamment grâce à une meilleure irrigation des organes vitaux.
Encourageant, n’est-ce pas ?
Pourquoi le tabac est-il peu compatible avec une intervention chirurgicale ?
Pour comprendre les risques liés à une opération, il faut partir d’un fait simple et indiscutable : fumer provoque un manque d’oxygénation des tissus et un affaiblissement du système immunitaire.
Plusieurs substances présentes dans la fumée de tabac sont impliquées dans ces processus délétères.
Le monoxyde de carbone est un des responsables. Ce gaz toxique, produit par la combustion de la cigarette, se fixe sur l'hémoglobine des globules rouges et entraîne une oxygénation insuffisante du sang et des organes. En terme médical, on parle alors d’hypoxie tissulaire. C’est aussi le cas du cyanure d'hydrogène qui perturbe le transport de l'oxygène.
Le transport des globules blancs, indispensables dans toute réaction immunitaire, est également perturbé.
La nicotine diminue le flux sanguin et la concentration d'éléments nutritifs dans le sang.
D’autre part, la fumée de cigarette est à l’origine de lésions pulmonaires et impacte les échanges gazeux au niveau respiratoire.
Tous ces effets engendrent des complications plus fréquentes à la suite d’une opération, et ceci dans un large éventail de spécialités chirurgicales.
À quels risques s’expose-t-on en continuant de fumer au moment de l’intervention ?
Complications respiratoires et cardiovasculaires
Les risques respiratoires et cardiovasculaires sont bien sûr des complications redoutées au cours de l’intervention. Le tabagisme augmente le risque d’évènements graves au cours de l’anesthésie.
Mais le manque d’oxygénation globale devient également problématique en période post-opératoire. Ainsi, les études montrent qu’un patient tabagique aura un risque accru de :
- phlébite voire d’embolie pulmonaire liée à un potentiel de formation augmenté de caillots sanguins.
- infarctus du myocarde
- laryngospasme, épanchement pleural, pneumothorax…
A contrario, une étude a montré que le fait de cesser de fumer plus de 8 semaines avant une intervention chirurgicale réduit d'environ 50% le risque de complications respiratoires2.
Complications infectieuses
Le système immunitaire étant affaibli chez les fumeurs, ces derniers sont plus sensibles au risque infectieux qui entoure toute intervention chirurgicale.
De nombreuses études3 montrent que les fumeurs s’exposent davantage à un risque d’infection du site opératoire, de pneumonie post-opératoire…
Pour illustrer ce fait de manière chiffrée, une étude de 20034 a montré que sur 228 plaies opératoires étudiées, les fumeurs présentaient un taux d'infection de 12 %, tandis que chez les non-fumeurs, ce taux était seulement de 2 %.
Problèmes de cicatrisation
Rappelons-le, le tabac est un ennemi redoutable de la peau et influence négativement le processus de cicatrisation. En plus d’un défaut d’irrigation des tissus, il est responsable d’une baisse de production de collagène.
Pour ces raisons, le tabagisme conduit plus souvent à des problématiques de cicatrisation, parfois sévères.
En pratique, cela se manifeste par un retard de cicatrisation, une pigmentation de la cicatrice opératoire, instabilité des points de suture pouvant aller jusqu’à une rupture de la plaie…
Risques généraux
Toutes ces complications potentielles entraînent, par ricochet :
- un risque de transfert en réanimation multiplié par 2 chez les fumeurs
- une durée d’hospitalisation allongée
- un taux plus élevé de réadmission à l’hôpital5
Comment se faire aider avant une intervention ?
La pré-éducation
La consultation avec le chirurgien ou l’anesthésiste permet d’évoquer votre statut de fumeur.
La pré-éducation, également appelée rééducation préopératoire, a pour objectif d'améliorer la santé globale d'un patient avant une intervention chirurgicale6. Son but est d'assurer une condition physique et mentale optimale pour le succès de l'intervention. In fine, elle permet au patient de prendre le contrôle en vue de sa chirurgie.
Elle est de plus en plus souvent proposée, notamment pour des chirurgies lourdes. En plus de viser une optimisation des capacités fonctionnelles, la pré-éducation s’attache à réduire les facteurs de risque modifiables, comme la malnutrition ou le tabagisme.
Le recours aux techniques de sevrage du tabac
Bien sûr, d’autres techniques existent pour arrêter de fumer : TCC (Thérapies Cognitivo-Comportementales), traitements substitutifs, coaching, outils d’autosupport, traitements qui agissent sur le système nerveux central… Mais elles demandent parfois du temps pour obtenir le sevrage complet.
La réflexologie auriculaire est une technique de médecine alternative qui permet d’agir sur des points précis situés au niveau du pavillon de l’oreille. Elle est recommandée pour se sevrer du tabac. L’effet peut se ressentir dès quelques jours : idéal quand on souhaite essayer de se sevrer rapidement.
L'association des effets néfastes du tabagisme augmente le risque de complications après une opération. Même si une intervention chirurgicale n’enthousiasme personne, elle peut être l’occasion d’abandonner le tabac. Retenez que pour éviter un risque augmenté de complications post-opératoires, il est nécessaire d’arrêter de fumer au minimum 4 semaines avant l’intervention. Dans une moindre mesure, un arrêt du tabac, même 24 à 48 heures avant l’opération, peut déjà avoir une action bénéfique, en améliorant l’oxygénation des tissus.
Sources :
- Le tabagisme accroît considérablement le risque de complications postopératoires. https://www.who.int/fr/news/item/20-01-2020-smoking-greatly-increases-risk-of-complications-after-surgery
- Wong J, Lam DP, Abrishami A, Chan MTV, Chung F. Short-term preoperative smoking cessation and postoperative complications: a systematic review and meta-analysis. Can J Anaesth J Can Anesth. 2012;59(3):268-279.
- Fan Chiang YH, Lee YW, Lam F, Liao CC, Chang CC, Lin CS. Smoking increases the risk of postoperative wound complications: A propensity score-matched cohort study. Int Wound J. 2023;20(2):391-402.
- Sorensen LT, Karlsmark T, Gottrup F. Abstinence from smoking reduces incisional wound infection: a randomized controlled trial. Ann Surg. 2003;238(1):1-5.
- Myers K, Hajek P, Hinds C, McRobbie H. Stopping smoking shortly before surgery and postoperative complications: a systematic review and meta-analysis. Arch Intern Med. 2011;171(11):983-989.
- Shaughness G, Howard R, Englesbe M. Patient-centered surgical prehabilitation. Am J Surg. 2018;216(3):636-638.

