L’ADN a-t-il un impact sur la dépendance au tabac ?

Expiré


Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable dans le monde, exposant les fumeurs à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de cancers, de maladies respiratoires et d’autres affections potentiellement mortelles.

Bien que la quasi-totalité des fumeurs connaisse les dangers du tabac pour leur santé, nombreux sont ceux qui ont des difficultés à arrêter. C’est la définition même de la « dépendance » ou de l’addiction.

En outre, il a été observé que certains fumeurs avaient nettement plus de difficultés à arrêter la cigarette par rapport à d’autres ayant le même profil (même sexe, même âge, même consommation…). Cette observation soulève une question importante qui a suscité un débat animé au sein la communauté scientifique : la dépendance au tabac est-elle influencée par l’ADN ?

De nombreuses études ont donc été menées au fil des années pour mieux comprendre le lien entre la génétique et le tabagisme. On fait le point dans le présent article !

La dépendance au tabac, comment ça marche ?

Avant de répondre à notre question (lien entre tabac et ADN), il est essentiel de rappeler quelques notions de base sur la dépendance au tabac.

Comme vous le savez, le tabac contient de la nicotine, une substance neurotoxique addictive. Lorsque vous fumez une cigarette, la nicotine contenue dans la fumée traverse instantanément les poumons pour atteindre en quelques secondes la circulation sanguine et le cerveau.

Elle stimule alors, au niveau du cerveau, la libération de dopamine — un neurotransmetteur qui crée une sensation de plaisir, de plénitude et de bien-être.

Au fil du temps, votre cerveau s’adapte à cette stimulation et commence à s’attendre à ce niveau de dopamine à chaque fois que vous fumez une cigarette.

Mais le plaisir devient de moins en moins grand, car votre cerveau s’habitue aux doses de nicotine qu’il reçoit (accoutumance). Vous devez alors lui apporter des doses de plus en plus élevées de nicotine, c’est-à-dire fumer plus de cigarettes, pour retrouver un effet satisfaisant ou simplement éviter les effets de manque. C’est ainsi que la dépendance ou l’addiction au tabac se développe !

La dépendance au tabac est-elle héréditaire ?

Plusieurs observations ont poussé les scientifiques à se questionner sur l’existence d’un lien étroit entre la génétique et la dépendance au tabac. Voici quelques-unes de ces observations :

  • Certains fumeurs consomment plus de cigarettes que d’autres.
  • Certains fumeurs sont tombés plus facilement dans la dépendance.
  • Certains fumeurs ont plus de mal à arrêter que d’autres.
  • Certains fumeurs rechutent plus souvent que d’autres après sevrage ;
  • Certains fumeurs répondent mieux aux traitements que d’autres…

De nombreuses études ont alors été menées pour mettre en évidence et mieux comprendre ce lien entre ADN et dépendance au tabac. Grâce à ces dernières, plusieurs variations génétiques ont été associées à une augmentation du risque de développer une dépendance au tabac chez les personnes qui en sont porteuses.

Gènes du récepteur nicotinique de l’acétylcholine (nAChR)

Les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine ou « nAChR » sont des protéines membranaires présentes dans la surface des cellules du système nerveux central et périphérique.

Ils sont activés par l’acétylcholine, un neurotransmetteur impliqué dans de nombreuses fonctions cérébrales et corporelles, notamment l’humeur, l’apprentissage et la mémoire.

La nicotine est également un agoniste des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine. Pour le dire autrement, la nicotine apportée par la fumée du tabac est capable de se lier à ces récepteurs et de les activer.

En effet, en se liant aux récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, la nicotine stimule la libération de dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans les circuits de la récompense et du plaisir dans le cerveau. Cela crée une sensation de bien-être et de satisfaction pouvant conduire à la dépendance au tabac.

D’après les recherches, des variations au niveau de l’ADN, plus précisément dans les gènes codant pour les différentes parties (sous-unités) des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, peuvent influencer la susceptibilité à la dépendance au tabac.

Par exemple, une étude américaine publiée en 2008 a identifié une variation génétique dans le gène CHRNA5, qui code pour la sous-unité alpha 5 des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, qui est associée à un risque accru de dépendance au tabac [1].

Autrement dit, d’après les résultats de cette étude, les personnes qui présentent dans leur ADN cette variation génétique ont plus de risque de développer une dépendance au tabac.

D’autres études sont ensuite venues confirmer ces résultats et ont permis d’identifier d’autres variations génétiques associées à la gravité de la dépendance à la nicotine chez les fumeurs.

Gènes de la monoamine-oxydase A (MAO-A)

La monoamine-oxydase A (MAO-A) est une enzyme impliquée dans la dégradation des neurotransmetteurs comme la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine.

La MAO-A joue un rôle important dans la régulation de l’humeur, de l’anxiété et du comportement, et des variations de son expression ou de son activité ont été associées à plusieurs troubles psychiatriques, notamment la dépression, l’anxiété et la schizophrénie.

Des études ont montré que la MAO-A pourrait être impliquée dans les effets pharmacologiques de la nicotine et dans le développement de la dépendance à la nicotine.

En effet, la nicotine possède une action inhibitrice sur l’activité de la MAO-A, ce qui conduit à une augmentation de la concentration de dopamine dans le cerveau. Cette augmentation de la dopamine peut créer une sensation de plaisir et de récompense, ce qui peut renforcer l’utilisation de la nicotine et contribuer au développement de la dépendance au tabac.

Pour le dire plus simplement, plus il y a de nicotine, moins la dopamine est dégradée par la MOA-A (puisque la nicotine inhibe l’activité de cette enzyme) et plus la dépendance est forte.

Par ailleurs, de nombreuses études ont montré que des variations génétiques dans le gène codant pour la MAO-A pouvaient influencer la susceptibilité à la dépendance au tabac.

Par exemple, une étude chinoise publiée en 2006 dans le International Journal of Neuropsychopharmacology a montré que les hommes porteurs d’une variante du gène de la MAO-A qui est associée à une expression réduite de l’enzyme étaient plus susceptibles de développer une forte dépendance au tabac [2].

D’autres études plus récentes ont confirmé l’hypothèse selon laquelle les variations génétiques dans le gène de la MAO-A pouvaient influencer la susceptibilité à la dépendance au tabac.

Gènes du transporteur de la dopamine (DAT1)

Le transporteur de la dopamine (DAT1) est une protéine présente à la surface des membranes cellulaires qui régule la concentration de dopamine dans la synapse en captant la dopamine extracellulaire et en la transportant pour sa réutilisation ou sa dégradation.

D’après plusieurs études, des variations génétiques dans le gène codant pour le transporteur DAT1 sont capables d’influencer le degré de la dépendance à la nicotine.

En effet, les individus porteurs de certaines variations génétiques de ce gène ont une plus grande probabilité de devenir dépendants au tabac par rapport à d’autres individus ayant d’autres variations génétiques.

Gènes de l’enzyme chargé de la dégradation de la nicotine

La principale enzyme impliquée dans la dégradation de la nicotine est la cytochrome P450 2A6 (CYP2A6). Cette dernière est responsable de la métabolisation de la nicotine en cotinine (métabolite inactif).

Plusieurs études ont montré que les variations génétiques dans le gène CYP2A6 — gène qui code pour l’enzyme de dégradation de la nicotine (cytochrome P450 2A6) — pouvaient influencer la métabolisation de la nicotine en cotinine et, par conséquent, la susceptibilité à la dépendance au tabac.

Ainsi, les individus porteurs d’une variation génétique qui diminue l’activité enzymatique de la CYP2A6 ont tendance à avoir une plus grande difficulté à cesser de fumer et une plus grande dépendance à la nicotine.

Une étude publiée en 2006 dans l’European Respiratory Journal a examiné l’association entre les variations génétiques du gène CYP2A6 et la dépendance à la nicotine chez les fumeurs japonais [3]. Les résultats ont montré que les polymorphismes du gène CYP2A6 étaient significativement associés à la dépendance à la nicotine.

Ces données sont très importantes, car leur compréhension pourrait permettre aux chercheurs de développer des méthodes pour arrêter de fumer qui soient adaptées aux spécificités génétiques de chaque fumeur (traitements personnalisés).

On a par exemple développé des traitements qui inhibent l’activité de la CYP2A6 pour aider certains fumeurs à arrêter la cigarette en réduisant les effets de la nicotine.

Toutefois, ces traitements sont toujours en cours d’expérimentation. Il n’existe pour l’instant aucune méthode de sevrage tabagique qui soit spécialement conçue selon le profil génétique des consommateurs de tabac.

Nous ne sommes pas tous égaux face aux rechutes

D’après une étude publiée en 2018 dans la revue scientifique Current Biology par équipe franco-italienne de chercheurs, en collaboration avec des Américains et des Canadiens, il existe un lien étroit entre une mutation génétique et le risque de rechute après un sevrage tabagique [4].

La mutation en question concerne le gène CHRNA5 codant pour une partie d’un récepteur neuronal à la nicotine. Il a été observé que les fumeurs porteurs de cette mutation avaient plus de risque de rechuter après avoir réussi à arrêter de fumer.

Il faut préciser que ces résultats ont été obtenus grâce à des tests sur des rats, mais les auteurs de l’étude sont optimistes et estiment qu’ils obtiendraient des résultats similaires chez l’humain.

Conclusion

La réponse à la question « l’ADN a-t-il un impact sur la dépendance au tabac ? » est : OUI ! Il existe effectivement un lien étroit entre la génétique et la susceptibilité de développer une forte dépendance au tabac !

Plusieurs variations génétiques ont été associées à une augmentation du risque de dépendance :

  • Les variations des gènes du récepteur nicotinique de l’acétylcholine.
  • Les variations des gènes du transporteur de la dopamine.
  • Les variations des gènes de la monoamine-oxydase A.
  • Les variations des gènes de l’enzyme cytochrome CYP 450 2A6.
  • La mutation du gène CHRNA5 du récepteur à la nicotine (rechute).

Une meilleure compréhension de ces facteurs génétiques pourrait permettre le développement de traitements personnalisés pour aider les fumeurs à arrêter la cigarette selon leur profil génétique.

Malheureusement, ces méthodes de sevrage tabagique basées sur le profil génétique des fumeurs ne sont pas encore au point.

 

Prendre RDV
Centre Laser Stop Tabac
Faites le pas pour vous libérer de l’addiction


Références

  1. L. J. Bierut et al., « Variants in nicotinic receptors and risk for nicotine dependence », Am J Psychiatry, vol. 165, no 9, p. 1163‑1171, sept. 2008, doi : 10.1176/appi.ajp.2008.07111711.
  2. Y. Jin et al., « Association between monoamine oxidase gene polymorphisms and smoking behaviour in Chinese males », International Journal of Neuropsychopharmacology, vol. 9, no 5, p. 557‑564, oct. 2006, doi : 10.1017/S1461145705006218.
  3. N. Minematsu et al., « Limitation of cigarette consumption by CYP2A6*4, *7 and *9 polymorphisms », European Respiratory Journal, vol. 27, no 2, p. 289‑292, févr. 2006, doi : 10.1183/09031936.06.00056305.
  4. B. Forget et al., “A Human Polymorphism in CHRNA5 Is Linked to Relapse to Nicotine Seeking in Transgenic Rats”, Current Biology, vol. 28, no 20, p. 3244–3253. e7, oct. 2018, doi: 10.1016/j.cub.2018.08.044.