- Stop Tabac
La “vape fatigue” : quand vapoter lasse, mais qu’arrêter reste difficile
Expiré- L’euphorie des débuts : la promesse de la liberté retrouvée
- L’apparition du malaise : quand le rituel prend le dessus
- La désensibilisation : quand le cerveau s’engourdit
- L’addiction s’installe : quand le geste remplace la volonté
- Le corps en alerte : écouter les signaux de la fatigue
- Le rôle de l’accompagnement : ne pas rester seul
- Retrouver la liberté : un souffle nouveau
- La “vape fatigue” : une opportunité de renaissance
L’euphorie des débuts : la promesse de la liberté retrouvée
Elle tient du miracle : la vapoteuse. Elle vient au secours des accrocs au tabac. Et déjà plus de trois millions de personnes qui, quotidiennement, utilisent cet outil design, élégant et discret, selon les données du Tableau de bord tabac 2023 publié par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives [1].
Au début de cette histoire d’amour, l’euphorie. Enfin libéré du tabac : l’ancien fumeur reprend sa vie en main il la contrôle. Et sans compter la palette des arômes aux goûts délicieux. Une enquête IFOP, relayée par France Vapotage en 2023, témoigne que les utilisateurs sont sensibles au plaisir et à la détente que leur procure le vapotage [2].
Les premières semaines sont, comme dans une lune de miel, sensationnelles. Une franche réussite.
Le rôle de la dopamine : la récompense du cerveau
Son nom : la dopamine. Ce neurotransmetteur, sécrété à chaque bouffée, active le circuit de la récompense dans le cerveau et contribue donc au plaisir. C’est ce que conclut l’INSERM dans son dossier sur les mécanismes de la récompense et de la dépendance [3].
L’apparition du malaise : quand le rituel prend le dessus
Or le malaise apparaît : insidieusement. S’émousse le plaisir pourtant, la main reste toujours près de la vapoteuse.
C’est, à cet instant, qu’un trio actif se met en place : la combinaison de la vapeur et de la pause que l’on s’accorde produit un apaisement. Une étude publiée dans BMC Public Health en 2021 a montré que le vapotage est associé à des moments précis de la journée le réveil, un changement de tâches, une pause. En d’autres termes, l’organisme s’habitue en créant un rituel : le geste devient quotidien, automatique [4].
Du plaisir à la dépendance : le piège se referme
Contre toute attente et il ne s’en rendra pas compte le vapoteur s’est laissé attraper par le jeu du vapotage.
Malgré lui, l’écœurement commence à l’étreindre. Ce goût, qu’il savourait, l’énerve. Et il s’assure toujours de la présence de sa vapoteuse. D’ailleurs, plusieurs utilisateurs rapportent, au bout de quelques mois, une perte de plaisir et de satisfaction vis-à-vis des arômes [5].
La désensibilisation : quand le cerveau s’engourdit
La raison est simple mais impitoyable : la désensibilisation. L’INSERM, par exemple, fait état d’études de neurobiologie : l’action répétée de la nicotine engourdit petit à petit les récepteurs nicotiniques du cerveau [6].
Le plaisir du vapotage diminue peu à peu.
« Ce que je remarque, c’est que j’aspire comme une malade pour avoir une sensation ! » explique Coccilove sur le forum Ecigarette. Les chercheurs ont l’intuition que le plaisir initial laisse place à une utilisation dictée par la fatigue émotionnelle et la recherche d’apaisement [7].
L’addiction s’installe : quand le geste remplace la volonté
Ce qui surprend le plus le vapoteur, c’est que, bien que le plaisir s’étiole, il ait quand même besoin d’y recourir, tel un automate. Des travaux publiés dans la revue Addiction ont montré que la dépendance à la cigarette électronique reproduit, dans ses mécanismes, celle du tabac classique [8].
Mais qui est le capitaine ? Le consommateur qui gère ou le réflexe ? Il ne maîtrise plus son geste l’addiction a pris le contrôle des opérations. L’INSERM qualifie ce phénomène comme une « perte de liberté de s’abstenir », dans son dossier sur les mécanismes de l’addiction [9].
Le corps en alerte : écouter les signaux de la fatigue
Le premier pas vers la liberté est celui que l’on franchit avec la lucidité. Le vapoteur réalise qu’il en est devenu esclave, mais, hélas, il est bien impuissant à s’en affranchir.
Surprise ! C’est du corps que s’amorce le déclic de la libération. L’écœurement, la fatigue ne s’impriment plus ils s’expriment. Le corps a pris la parole. Il faut l’écouter.
Plus d’orgueil. Seulement une humble observation. Le consommateur devient alors le spectateur conscient de l’emprise de la bouffée. C’est à ce prix que s’amorce le détachement.
La pleine conscience : une approche recommandée par l’OMS
Sujet de santé publique, il convient de recourir à une approche originale : ne pas s’opposer au comportement, mais plutôt en prendre conscience. L’objectif est simple mais efficace : en réduire la compulsion. Ce genre d’orientations s’inscrit dans la lignée des programmes de pleine conscience soutenus par l’OMS pour la prévention des addictions [10].
En réalité, par ces micro-changements, il désassocie tous les stimuli : le vapotage n’est plus systématiquement et automatiquement lié à un endroit, à un moment particulier ou à une émotion. Dans ses publications sur les traitements efficaces du sevrage tabagique, Santé publique France recommande cette stratégie comportementale et souligne que casser les routines aide à reprendre le contrôle [11].
Le rôle de l’accompagnement : ne pas rester seul
Cela suffira-t-il ? Hélas non… Comme le dit le proverbe, aucun arbre ne fait une forêt. En d’autres termes, s’en sortir est impossible si l’on est seul. S’appuyer sur l’aide médicale et le soin est indispensable : les professionnels experts sont là pour aider. La HAS rappelle que se faire accompagner par un professionnel de santé tabacologue, médecin, ou infirmier formé multiplie par deux les chances de réussite du sevrage [12]. Il est aussi important de souligner que des méthodes alternatives existent, telles que la lasérothérapie auriculaire, l'hypnose...
Patience et persévérance : les clés du succès
Le succès du sevrage s’appuie également sur la durée et la persévérance. Comme le disait Jean de La Fontaine, « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. ». Il faut compter de six à douze mois, selon les études, pour que le sevrage se stabilise. Rien n’est jamais perdu.
Malheureusement, la meilleure volonté du monde peut trébucher… Sans la rechercher, elle n’en est pas moins une étape d’apprentissage. Il n’est pas rare que le vapoteur rechute. L’important est de ne pas jeter l’éponge : tomber, oui, mais surtout se relever.
Retrouver la liberté : un souffle nouveau
Chaque fois que la vapoteuse est délaissée, une petite bataille est gagnée : un pied après l’autre. Ces progrès, même modestes, alimentent la confiance en soi. C’est, dans ces moments de son quotidien, qu’il mesure les petits progrès.
Être sevré, c’est retrouver la liberté. Renaître, respirer : petit à petit, le corps, qui avait crié sa souffrance, reprend ses droits. Dès trois mois d’arrêt, plusieurs études recensées par l’INSERM font état d’une amélioration significative et mesurable de la capacité respiratoire et de l’endurance [13].
L’esprit est aussi renouvelé débarrassé de besoins compulsifs, il redécouvre une agilité qu’il avait perdue. Un esprit sain dans un corps sain. N’oublions pas que l’OMS définit la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social, et non comme la simple absence de maladie [14].
La “vape fatigue” : une opportunité de renaissance
Finalement, la « vapeur fatigue » n’est pas une fatalité. Elle constitue même une chance d’ouvrir les yeux, de se libérer d’un fardeau et de renouer avec soi. D’ailleurs, les programmes de prévention des addictions de Santé publique France peuvent être mobilisés ils reposent sur l’idée que la réussite passe par un accompagnement à la fois bienveillant et durable. Lucidité, humilité, volonté, soutien et persévérance en sont les maîtres mots [15].
Sources
[1] - OFDT – Tabagisme et vapotage parmi les 18–75 ans en 2023 : https://www.ofdt.fr/
[2] - IFOP – Les Français et la cigarette électronique (Sondage 2023 pour France Vapotage) : https://www.ifop.com/
[3] - INSERM – Pour le plaisir : c’est quoi la dopamine ? https://www.inserm.fr/
[4] - Donaldson CD et al. – Patterns of E-Cigarette Use Throughout the Day: Implications for Nicotine Dependence. Nicotine & Tobacco Research, 2022 : https://academic.oup.com/
[5] - OFDT – Les sorties du tabagisme : un état de la littérature en sciences sociales : https://www.ofdt.fr/
[6] - INSERM – Nicotine : un impact direct sur les récepteurs cérébraux de la récompense : https://www.inserm.fr/
[7] - Zvolensky MJ, Garey L, Mahaffey B. – Emotion Dysregulation and E-Cigarette Use Expectancies Among Adult E-Cigarette Users. Cognitive Behaviour Therapy, 2021 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
[8] - Etter J-F, Eissenberg T. – Dependence Levels in Users of Electronic Cigarettes, Nicotine Gums and Tobacco Cigarettes. Addiction, 2015 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
[9] - INSERM – Addictions : comprendre la perte de contrôle et la dépendance : https://www.inserm.fr/
[10] - Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – Mindfulness-based interventions for the prevention of substance use disorders (2022) : https://www.who.int/
[11] - Santé publique France – Sevrage tabagique : quels sont les traitements efficaces ? https://www.santepubliquefrance.fr/
[12] - Haute Autorité de Santé (HAS) – Arrêt de la consommation de tabac : du dépistage individuel au maintien de l’abstinence en premier recours (2023) : https://www.has-sante.fr/
[13] - INSERM – Les bénéfices de l’arrêt du tabac sur la santé respiratoire : https://www.inserm.fr/
[14] - Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé (préambule, 1946) : https://www.who.int/fr/
[15] - ARS Haut de France – Prise en charge et accompagnement des addictions : https://www.hauts-de-france.ars.sante.fr/

