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Cannabis et santé mentale : l’impact réel sur l’anxiété, la dépression et la motivation
ExpiréSelon l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives, en 2023, le cannabis est la substance illicite la plus consommée en France. Un peu plus de 50 % des adultes de 18 à 64 ans déclarent en avoir déjà consommé dans leur vie. Quant aux consommateurs réguliers, leur nombre reste stable. Près de 11 % des 18-64 ans déclarent en avoir consommé dans l’année. Les plus jeunes sont également concernés par la consommation de cannabis. Selon les chiffres de l’OFDT de 2021, les 15-34 ans sont près de 22 % à consommer du cannabis (1). Remède miracle pour les angoisses selon certains, ou accélérateur de troubles psychiatriques pour d'autres. Les recherches scientifiques sont loin d'être unanimes sur le sujet. Voici donc quelques éléments à prendre en compte pour bien comprendre l'impact réel du cannabis sur l'anxiété, la dépression et la motivation.
Comment le cannabis agit sur le cerveau ?
Pour comprendre l’impact du cannabis sur notre état psychique, il faut d'abord s’intéresser à la façon dont il interagit avec notre cerveau. La plante contient en effet des centaines de composés, mais deux molécules entrent principalement en jeu : le THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) et le CBD (cannabidiol).
Le THC est le principal responsable des effets psychotropes et addictifs du cannabis. Il agit directement sur le cerveau en se fixant sur des récepteurs situés sur les neurones, et notamment les récepteurs cannabinoïdes CB1 (2). Une fois fixé sur ces récepteurs, il vient modifier leurs rôles physiologiques. Ces neurones, qui régulent normalement la faim, le plaisir, la motivation ou les processus cognitifs, s’en trouvent totalement altérés. En stimulant à outrance les récepteurs CB1, le THC va en effet provoquer des troubles comme une perte de la mémoire progressive, une perte de la motivation, une forte dépendance, un effet euphorisant, des troubles de l’humeur…
À l'inverse, le CBD n'est pas psychoactif. Il agit sur d'autres récepteurs, notamment le récepteur sérotoninergique 5-HT1A, ce qui lui confère des propriétés anxiolytiques et relaxantes. Il pourrait même, selon certaines études, contrer les effets psychotiques et anxiogènes du THC.
Quel lien entre cannabis et anxiété ?
Comme évoqué précédemment, le cannabis agit à la fois sur les récepteurs cannabinoïdes et sur les récepteurs de la sérotonine. Il semble donc provoquer simultanément des effets opposés. En sur-stimulant le système cannabinoïde il vient impacter négativement la motivation, l’humeur (il est potentiellement anxiogène), la mémoire ou encore l’appétit. D’un autre côté, il viendrait réguler la production de sérotonine et donc aurait un rôle relaxant et anxiolytique.
Ce double effet paradoxal, qui fait du cannabis une substance capable d’apaiser l’anxiété chez certains tout en l’amplifiant chez d’autres, est bien documenté dans la littérature scientifique et reste au cœur des désaccords sur ses effets réels sur la santé mentale. Dans une étude publiée en 2016 (3), l’OMS montre que la consommation de cannabis peut effectivement avoir des effets positifs sur l’anxiété, mais à plusieurs conditions. Les effets peuvent en effet fortement varier selon la sensibilité de la personne, mais aussi selon la dose consommée et la façon dont le cannabis est consommé. La durée de consommation entre aussi en jeu. En effet, selon l’OMS, plus la consommation s’installe dans le temps, plus les risques de développer des troubles psychiques comme des psychoses, de l’anxiété, de la dépression ou des idées suicidaires, augmentent. Il est toutefois difficile de savoir si la consommation de cannabis est à l'origine de l’anxiété ou si c’est l’anxiété qui pousse certaines personnes à trouver un apaisement via la consommation de cannabis.
Bon à savoir : Concernant la dose recommandée, l’OMS ne se prononce pas mais alerte sur l'augmentation de la teneur en THC du cannabis au fil des années et selon la provenance. Aux USA, la teneur en THC du cannabis serait ainsi passé de 2% en 1980 à près de 20 % en 2015 (4).
Quel lien entre cannabis et dépression ?
La relation entre consommation régulière de cannabis et dépression suit un schéma similaire à celui de l'anxiété. La dépression peut en effet être liée à un déséquilibre de neurotransmetteurs comme la sérotonine et la dopamine. En court-circuitant ce système, le cannabis peut donc dans certains cas soulager les symptômes de la dépression, dans d’autres cas les amplifier. Les études tendent toutefois à montrer que les consommateurs réguliers, ainsi que les personnes ayant commencé leur consommation très jeune, sont plus enclins à développer des troubles dépressifs sévères. L'arrêt de la consommation peut aussi entraîner des troubles anxieux et dépressifs chez certains consommateurs.
Il est difficile de dire si le cannabis soulage ou aggrave la dépression. Comme pour l'anxiété, tout dépend de la sensibilité de chacun, de la dose consommée, de la teneur en THC des produits consommés, de la régularité de la consommation et de l’âge de la première consommation.
Cannabis et motivation : le “syndrome amotivationnel”
Le “syndrome amotivationnel” lié à l’usage de cannabis a été décrit pour la première fois en 1968 par deux psychiatres. Dès la publication de leur étude, ce syndrome a fait débat. Il correspond à un état d’apathie et de désintérêt observé notamment chez certains consommateurs chroniques de cannabis. L’existence même du syndrome spécifique au cannabis reste contestée. Les études disponibles sont souvent imprécises et contradictoires.
Dans une étude réalisée par E. SCHMITS et E. QUERTEMONT et publiée dans la Revue Médicale de Liège (5), il est montré que le syndrome amotivationnel n’est pas démontré comme une conséquence directe du cannabis, même si des symptômes de perte de motivation sont souvent observables chez les consommateurs de cannabis. Toutefois, cette perte de motivation pourrait être liée à des troubles psychiatriques préexistants (comme une dépression).
D’autres sources montrent que la perte de motivation peut être liée à la consommation de cannabis. Dans une brochure éditée par Santé Publique France en 2025 à destination des jeunes, le Docteur Olivier Phan, addictologue, responsable de la Consultation jeunes consommateurs du Centre Pierre-Nicole - Paris, explique que la perte de motivation “peut être une conséquence de la consommation régulière de cannabis” (6).
Populations à risque et importance de la prévention
Même s’il n’est pas toujours facile de tracer une ligne claire entre bienfaits et méfaits du cannabis, une chose est sûre, certains publics sont plus particulièrement vulnérables. Dans la plupart des études citées plus haut, il apparaît qu’une consommation régulière, mais surtout précoce, de cannabis est directement liée à un plus fort risque d'altération de la santé mentale.
Les adolescents et les jeunes adultes sont donc les publics les plus à risque. Leur cerveau est en pleine construction (jusqu'à l'âge de 25 ans environ) et une exposition au THC durant cette période peut donc avoir des conséquences durables sur leur développement cognitif et leur régulation émotionnelle. De même, toute personne souffrant déjà de troubles anxieux ou dépressifs préexistants doit être considérée comme à haut risque. Pour ces personnes, l'automédication au cannabis est une fausse bonne solution qui risque d'entraîner à long terme une dépendance, voire une augmentation de leurs troubles.
La prévention a donc ici toute son importance. Considérée comme une drogue “douce” le cannabis bénéficie encore d’une image faussement inoffensive. Même s’il peut parfois soulager certains symptômes anxieux, dépressifs ou encore atténuer la douleur, sa consommation régulière sur le long terme est souvent liée à un risque plus important de troubles de la santé mentale. En cas de mal-être, il est donc conseillé de se tourner vers un médecin, un psychologue ou un psychiatre au lieu de s’automédiquer en consommant du cannabis. En savoir plus sur le cannabis et les risques de cancer ORL.
L'impact réel du cannabis sur la santé mentale est encore aujourd'hui difficile à évaluer. Remède pour certains, substance à risque pour d’autres. Ses effets bénéfiques ne peuvent être niés, mais ces dangers ne doivent pas non plus être ignorés. Le cannabis reste toutefois très étudié par la communauté scientifique. Entre 2021 et 2024, l’ANSM a mené une large étude sur le cannabis à usage médical. L’expérimentation a été réalisée sur plus de 3 000 patients suivis pendant au moins 6 mois. En conclusion de son étude, l’ANSM a jugé que l’usage du cannabis médical était pertinent pour un certain nombre de patients en remplacement ou en complément de leur traitement actuel.
Sources
(1)[OFDT : Cannabis (résine, herbe, huile, CBD) - Synthèse des connaissances] https://www.ofdt.fr/cannabis-resine-herbe-huile-cbd-synthese-des-connaissances-1724
(2)[FRC : Addiction : des découvertes sur le système endocannabinoïde] 2017 https://www.frcneurodon.org/informer-sur-la-recherche/actus/addiction-decouvertes-systeme-endocannabinoide/
(3) (4) [OMS : The health and social effects of nonmedical cannabis use] 2016 https://www.who.int/publications/i/item/9789241510240
(5) [Les drogues dites “douces” :cannabis et syndrome amotivationnel] 2013 https://rmlg.uliege.be/download/2415/1720/E.-Schmits_2013_68_5-6_0.pdf
(6)[Cannabis : ce qu'il faut savoir] 2025 https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/drogues-illicites/documents/brochure/cannabis-ce-qu-il-faut-savoir
(7)[ANSM : Cannabis à usage médical] 2025 https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/cannabis-a-usage-medical

